J'écoute : La Passion selon Saint-Matthieu
Je regarde : La nuit
Je lis : "Rimbaud en Abyssinie" de Borer
Je joue : à être heureux
Je mange : sans faim
Je bois : de l'eau
Je cite : "Dans un pays sans eau que faire de la soif? De la fierté". Michaux

29/01/2006

29/01/06 - 14:38

LE CREPUSCULE DE LEURS VINGT ANS

J’ai tué par amour.

L’été courait sa perte, dans la chaleur sèche des orages. Le vent seul, venu de l’océan, caressait nos peaux de sa fraîcheur. Le soleil était haut, écrasant de majesté à midi, superbe encore le soir. Il ne s’éloignait qu’en inondant le ciel de ses couleurs fauves et nous guettions alors la mystérieuse ligne verte. Parfois, l’un de nous croyait saisir l’infime instant où la rencontre de l’astre avec la mer enfanterait un vert unique. Mais nous n’en eûmes jamais la certitude.

J’avais vingt ans. L’approche de la rentrée rendait ces derniers jours cruciaux. Il fallait les vivre avec intensité avant de retomber dans l’abrutissement des villes. Dès l’aube, je parcourais les sentes qui longeaient l’océan, emplissant mes poumons endormis de cet air vivifiant qui pétillait à la marée basse. Jusqu’au phare, je ne croisais personne ; parfois seulement, quelques pêcheurs qui s’aventuraient dans les espaces à peine dévoilés par le retrait des eaux. En cet endroit, l’horizon était sans fin, promesse jamais interrompue. J’avais vingt ans et ces spectacles éveillaient en moi comme un sentiment de bonheur. Ils semblaient purs et vierges, véritables. Je m’accrochais à cette perfection pour mieux vivre.

Je suis solitaire, avide d’intimité et de liberté. La présence d’autres est un poids mort que je ne supporte pas longtemps. Elle me gêne : rien ne m’agace plus que l’obligation de tenir compte d’autrui. Je veux être maître de ma vie, sans être empêché ni répondre de mes choix. Dans la solitude, je me consacre à mes rêves, à mes projets ; il n’y a plus rien ni personne pour me raisonner. Je voyage, deviens fou et alors, tout est possible. Il y a longtemps que le simulacre de la compagnie n’opère plus sur moi son charme. Puisque la souffrance ne peut se partager, à quoi bon ? Mais si je vis pour ma seule liberté, je n’ai jamais nui à celle des autres : il me suffit de fuir le monde. Je ne veux pas devoir ; qu’on n’attende rien de moi.

Ces matinées où mes sens se déchaînaient restaient un secret, un trésor bien gardé. Il arrivait que l’envie de les partager se fasse soudain pressante. Mais je ne laissais personne pénétrer ces instants de communion silencieuse. Il y avait trop à perdre.

Un matin, je ne fus plus seul. Appuyé contre la balustrade qui ceignait le phare, un jeune homme fixait l’océan, immobile. Il ne me remarquait pas. Sa silhouette rompue était longue et fine, vêtue d’un pantalon noir et d’un léger pull blanc. Profil aigu, les mains jointes, il offrait son visage aux rais juvéniles, cheveux chahutés par le vent. Je l’aimais à l’instant, sans penser, tel qu’il m’apparaissait dans cet écrin de nature. Pour tout autre, j’aurais fui. Je restai. Je provoquai son regard. Ce fut notre première rencontre.

Le lendemain, il était déjà là lorsque j’arrivai, contemplant la naissance de l’horizon, même silhouette racée et fragile. Il me sourit. Son regard franc m’intimidait ; je n’osais l’affronter par peur de m’y noyer. Comme la veille, nous parlâmes des heures, tels de vieux amis qui se retrouvent, impatients de tout dire. Les mots brûlaient mes lèvres, ils se précipitaient dans une confusion qui me faisait honte. Mais j’avais pour pardon son sourire qui disait tout : l’amour, le désir, la confiance. Il se tut ; je ne répondis pas à son silence. Sa main vint rejoindre la mienne, douce caresse qui me fit tressaillir. Je baissai la tête, sous le poids de son regard. Ses yeux! Gouffres d’où jaillissait un appel lancinant, irrésistible. Il posa ses lèvres sur ma main, dans un geste d’allégeance. Inconscient, je vins vers lui. Il dut lire sur mon visage un acquiescement silencieux et son corps froid se blottit contre le mien. Puis il pleura, d’abord doucement, avant de se livrer.

Il pleura sans fin, sans parler, me serrant toujours plus contre lui. Je joignais mes larmes aux siennes, misérable de ne savoir apaiser son corps tremblant. Son front brûlait, des frissons le secouaient. J’avais peur qu’il ne s’effondre. Nous restâmes des heures ainsi, insoucieux des derniers promeneurs. Il m’appelait parfois d’une voix brisée. Sa détresse était écrasante ; je ne pouvais que l’étreindre plus fort encore, pour ne jamais le perdre. Enfin, il se reprit, renifla et sécha ses larmes. D’un baiser sur ma joue, il reprit son chemin, me laissant égaré.

Les jours suivants, il arborait de nouveau l’assurance de ce premier matin. Il me guidait partout où nous allions et je le suivais comme un enfant. Nous battions la lande, longions la côte comme des contrebandiers. Parfois, il saisissait mon bras et montrait le ciel où les nuages formaient d’étranges concrétions veloutées. Son visage venait à ma rencontre, je le prenais entre mes mains et le baisais doucement par peur de briser le fragile sourire qui l’illuminait. Il disait marcher ainsi des heures, seul. L’oppression de la ville lui devenait insupportable. Il rêvait de grands espaces, de causses tourmentés abandonnés par l’homme. Dans leur grandeur sauvage, il voyait la liberté jamais violée, un mystère insondable. On n’y pénétrait qu’à force de l’endurance et de la solitude.
Nous nous baignions dans des criques, unissant librement nos corps. Alors j’osais plonger dans son regard de jais, abîme qui annonçait la perte. Nous n’avions plus faim que de l’autre.

Tout était suspendu à nos instants d’amours. Le monde changeait. Les dernières bribes d’enfance s’étaient évanouies ; je me sentais plus grand, plus fort. Dans les rares moments où nous étions séparés, il arrivait qu’une soudaine exaltation, un besoin irrésistible de sortir de moi me fassent courir sans fin. Je hurlais pour dire ma joie puisque les mots ne suffisaient plus. Il ne savait rien de ces acmés de bonheur. Depuis ce jour où nous avions pleuré, je craignais de provoquer une brèche nouvelle, par ignorance ou maladresse. Je le suivais, trop heureux aussi de me confier à lui. Seul le visage trahissait l’existence déjà longue. Il avait le regard profond et désenchanté, le sourire retenu de celui qui n’ose plus espérer mais refuse d’abdiquer. Son nez droit disait la fierté. Son corps tourmenté et solide que j’étreignais de toutes mes forces, j’y voyais la beauté, celle que je n’aurais jamais, une beauté parfois intimidante, presque étrangère. J’aimais à la posséder.

Alors que nous étions arrêtés pour reprendre notre souffle, au cours d’une longue échappée à vélo, il se tourna vers moi. J’osai soutenir son regard, à force d’amour et de courage.
-M’aimes-tu ?
Il parlait pour la première fois de sentiments. Jamais nous n’avions eu besoin de les dire. Les mots paraissaient trop médiocres pour notre amour ; ils étaient dangereux. L’écrit seul permettait d’atténuer leur ambiguïté, de pallier leur incomplétude. La volatilité de la parole était effrayante. Pourtant, je répondis d’un oui mal affirmé mais sincère. Alors, il parla longtemps, sans trêve.

Il me dit ses doutes et ses gloires, le sentiment d’angoisse qui le hantait depuis cet été où, transporté par la rage et le désespoir, il avait tenté d’atteindre un idéal ascétique : désormais, plus rien n’était sûr. Il me dit les efforts imprimés dans sa chair, le soulagement douloureux au retour de courses solitaires ; il me dit les mois d’emprisonnement derrière les murs morts des hôpitaux, les moments où il fallut réapprendre à manger, seul, parce que l’évidence était là : ils étaient les plus forts. Il m’avoua sa fierté d’avoir été si loin, au bout de la vie et la beauté du corps d’alors. Il dit la médiocrité de son existence, le sentiment permanent de saleté et d’imperfection, l’insatisfaction qui concluait ses actes, les jours plus insupportables au fur et à mesure que s’éloignait la jeunesse et la possibilité d’influer le cours les choses, de donner du sens. Il murmura sa détresse contenue, les pleurs cachés, l’envie d’en finir. Il ne voulait plus se battre comme autrefois où il avait échoué. Tant d’efforts inutiles. Il avait voulu continuer d’espérer mais la douleur était là, qui ne l’abandonnait plus, le maintenant continuellement dans une lutte rageuse et aveugle qui l’épuisait. On n’y pouvait rien, pas même moi. Il le savait et son regard montrait une conviction terrifiante. Il me demandait de l’aider, au nom de notre amour. Tant de fois, au moment de partir, il avait renoncé, par lâcheté, par peur de souffrir. Mais la douleur de vivre était pire. Notre rencontre était une ivresse inattendue mais le mal restait trop profond pour disparaître. Il me regardait, attendant ma réponse, mais je ne pensais rien. Sa souffrance m’accablait mais n’y pouvions-nous rien ? Il semblait si déterminé que je ne m’opposai pas. Je gardai le silence. Il m’embrassa puis partit et je restai longtemps encore, seul au pied du phare, à contempler l’océan enivré de soleil.

La mort fut immédiate. Le médecin ôta la peur de l’avoir fait souffrir en voulant son bonheur. Non, j’avais frappé droit au cœur, sans hésitation. Après sa demande, notre amour s’était fait plus silencieux, plus charnel. Jamais je ne l’ai autant aimé qu’alors. L’intrusion de la mort avivait notre désir. Les vacances s’achevaient, nous allions nous quitter. Cette perspective ne nous attristait pas -- y pensions-nous vraiment ? Nous ne vivions que pour l’instant présent, dans la communion des corps. La dernière nuit, nous nous étreignions pour emporter l’empreinte et l’odeur de l’autre. Il promenait sa main dans mes cheveux, murmurant quelques vers. Sa présence était infiniment douce. J’aurais voulu lui dire mon désarroi mais mes lèvres ne s’entrouvraient que pour baiser son corps. La fatigue faisait voler les ombres. Lorsque je m’éveillai, il dormait, le visage douloureux. L’évidence était là : avant que de le perdre, je le rendrais heureux. Je me délivrai doucement de l’étreinte de ses bras, allai dans la cuisine. Au moment de frapper, ses yeux brillaient dans la pénombre. Mais non, j’ai rêvé.

05/01/2006

05/01/06 - 21:14


Les larmes disputaient au ciel mon regard
Et la mélodie douce de ta voix apaisée résonnait toujours plus faiblement
Les souvenirs glissaient sans que rien vienne les retenir
Je pleurais une dernière fois les vestiges évanouissant de ta présence

04/01/2006

04/01/06 - 09:32

A un homme du passé


Voilà les temps futurs que redoutait
ton coeur desséché sous les pierres,
que peux-tu craindre désormais, dans le tréfonds
où ne te parviennent ni peines ni dures paroles?

Tu es descendu en mouvement, et finalement
c'était aussi inévitable que le reste.
Tu t'es tourné de l'autre côté et disparurent de ta vue
les bons et les pires moments.

Tu avais encore cette porte sous la main.
- Je parie que tu l'as franchie avec une révérence dédaigneuse -
Désormais, il n'est plus possible de mourir ou, du moins,
il ne suffit plus de fermer les yeux.


Manuel Antonio PINA, "Quelque chose comme ça de la même substance"
traduction: Isabel Violante

04/01/06 - 09:27

"Un être humain ne pouvait parler de la sorte qu'une seule fois dans sa vie à un autre être humain, pour se taire ensuite, pour toujours, ainsi qu'il est dit dans la légende du cygne, qui seulement en mourant peut, une unique fois, hausser jusqu'au chant la raucité du cri."

ZWEIG, "Le confusion des sentiments"

03/01/2006

03/01/06 - 20:34

Masque nègre

A Pablo Picasso


Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe
Les paupières closes, coupe double et source scellées.
Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine
- où le sourire de la femme complice?
Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l'accord muet.
Visage de masque fermé à l'éphémère, sans yeux sans matière
Tête de bronze parfaite et sa patine de temps
Que ne souillent fards ni rougeur ni rodes ni traces de larmes et de baisers
O visage tel que Dieu t'a créé avant la mémoire même des âges
Visage de l'aube du monde, ne t'ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.
Je t'adore, ô Beauté, de mon oeil monocorde!

Léopold Sédar Senghor

J'avais présenté ce poème en hypokhâgne. Ma première intervention orale après, devant quarante personnes.
Ce poème que j'avais choisi parce qu'il me parlait d'Afrique, d'un ailleurs qui m'avait toujours attiré reste intimement lié à cette année de prépa, à mille lieux de l'univers impitoyable vécu par certains. Un lycée de la proche banlieue parisienne. Un magnifique parc de l'autre côté de la rue, havre de paix où je révisai mon bac et certains concours blancs. Dans les vieilles batisses XIXème, les salles de cours étaient hautes, froides l'hiver, les couloirs ouverts aux vents, et tandis qu'au dehors il pleuvait, nous écoutions le professeur, sages élèves abasourdis par le savoir et enivrés d'idées. Au printemps, dans le petit parc, nous caressions les pelouses. Je me souviendrai longtemps de ce professeur d'allemand, HGD, raffiné et séduisant (un dandy, dirais-je), qui nous emmenait voir le Gingo Biloba situé sur le chemin menant aux bâtiments. Avec lui, j'ai découvert la littérature allemande "en vo"; il me tenait presque lieu de modèle, c'est comme lui que je voulais être plus tard
C'est à cette époque que j'ai enfin ouvert mon esprit, que j'ai découvert ce que l'art , la littérature, la musique... pouvaient recéler comme richesses; mon horizon s'est élargi au moment même où je remontais à la surface.
Les soirs, les matins, nous nous retrouvions entre internes. Que de fous rires, que de discussions. Pas de fuite, alors, au contraire, l'envie de poursuivre.
Peu d'entre nous atteignaient les hautes sphères de l'intellect mais qu'importe, tous nous étions animés par la même exaltation, le même enthousiasme. Le bruit du monde ne pénétrait pas les hauts murs de brique, il restait à l'écart et nous en étions soulagés.

Ce n'était peut-être pas la vraie vie mais elle était heureuse.

(résolution n°2 (pour plus tard): arrêter de déprimer)

01/01/2006

01/01/06 - 20:36

Première bonne résolution : tenter de faire preuve d’esprit critique.


Intervention radiodiffusée du Président de la République, 31 décembre 2005.

Mes chers compatriotes de métropole, d'outre-mer et de l'étranger,
Au seuil de cette nouvelle année, j'adresse à chacune et à chacun d'entre vous mes vœux les plus chaleureux. Et en ces instants de fête, je pense d'abord à toutes celles et à tous ceux qui connaissent la maladie, la solitude, la peine.
> (Eh bien en voilà qui ont dû être heureux…[www] )

Je pense aussi à nos soldats qui sont engagés sur tous les continents au service de la paix.
Et je veux dire à la famille de Bernard PLANCHE, que les pouvoirs publics sont pleinement mobilisés pour obtenir sa libération.
L'année 2005 a vu s'exprimer les tensions et les interrogations qui traversent notre société : le non au référendum et la crise des banlieues en portent le témoignage. Avec en arrière-plan, une question, celle de la mondialisation : comment rester nous-mêmes dans un monde qui change d'une manière accélérée ?

>> La mondialisation et ses conséquences ? Oui, bien sûr. Mais toutes ces tensions et interrogations (qui ne se limitent pas aux deux seuls exemples évoqués, même si l’on comprend que, pour les effets du direct et les nécessités de la télévision, il faille faire simple et court) sont-elles suscitées par la mondialisation ? N’y a-t-il pas également des doutes, des désillusions, de la colère à l’égard de ceux auxquels on a confié le mandat de ménager au mieux cette ouverture ? La crise ou les difficultés du « modèle républicain » d’intégration et de réussite sont-elles imputables à la mondialisation qui se concrétiserait par l’immigration ? Et d’ailleurs, ne faudrait-il pas distinguer l’impact de l’ouverture de toute société sur l’extérieur du phénomène de mondialisation qui, outre cette ouverture qui rend plus vulnérable et sensible à des influences externes, suppose une uniformisation, une standardisation (comme le dit mieux le terme anglais de « globalisation ») des modes de vie, de production, des sociétés ?

Mais 2005 a aussi été une année de succès pour la France (ouf !). Avec l'A380 d'Airbus, avec Ariane 5, avec le système de navigation par satellite Galileo, avec Iter pour l'énergie du futur, notre pays s'est porté à la pointe de l'innovation mondiale.
>> Innovations réelles mais dans des domaines bien peu diversifiés, ce qui fait le malheur de notre commerce extérieur. + [www]

La croissance est repartie. Et surtout, nous avons marqué des points face au chômage. C'est un fléau, source de tant de difficultés, de malheurs, de blocages. Depuis huit mois, mois après mois, le chômage baisse : déjà près de 160 000 chômeurs de moins. C'est la preuve que vos efforts

>> Je crois que certains se reconnaîtront

, que les réformes en profondeur engagées depuis 2002 et que l'action résolue du Gouvernement commencent à porter leurs fruits.

>> Rien sur les facteurs naturels de la résorption du chômage ? A défaut d’une activité économique débordante, la conjoncture démographique nous aide un peu

C'est un extraordinaire encouragement à aller encore plus de l'avant pour gagner la bataille de l'emploi.
Mes chers compatriotes, il faut croire en la France. Nous devons retrouver toute la force mobilisatrice et le sens profondément moderne du mot "patriotisme" : Aimer son pays, en être fier, agir pour lui.

>> Oui, certes. A condition de ne pas faire du patriotisme la qualité sine qua non de tout « bon Français ». Et l’Europe dans tout cela ? D’ailleurs, je pose la question : patriotisme et construction européenne sont-ils exclusifs ?

Ensemble, nous allons accélérer notre action et nous inscrire dans un projet collectif. Ce projet n'est pas à inventer, il est à faire vivre, dans les principes et dans les actes : ce projet, c'est la République.

>> Peut-être qu’on pourrait réécrire certains passages, tout de même, histoire de suivre le vent (celui de la mondialisation entre autres)

Au fondement même de la République il y a le respect de la loi et des règles. Nous allons intensifier encore la lutte contre la violence et la délinquance.

>> Il y en a un qui doit être content

Lutter plus vigoureusement contre l'immigration clandestine. Réformer notre justice, pour que plus jamais un drame comme celui d'Outreau ne puisse se reproduire.

>> Mais des erreurs se reproduiront, il y aura de nouveaux des victimes. Une réforme, pourquoi pas ? Sauf si elle vise à faire croire qu’elle empêchera toute erreur, toute faute, trop humaines hélas.

Et au cœur de la République, il y a le mérite : pouvoir réussir par son travail, sa volonté, son talent, quel que soit le lieu où l'on vit ou quelle que soit son origine. Pouvoir progresser, réussir dans la société sans être entravé par la barrière des castes ou des privilèges. L'école, c'est la clé de tout. Nous allons mieux aider les établissements qui en ont besoin, faire de l'apprentissage l'autre voie de la réussite, ouvrir plus largement les portes des universités et des grandes écoles aux enfants des milieux modestes.
Et puis, l'honneur de la République c'est d'intensifier notre action au service des habitants des quartiers en difficulté parce qu'il n'y a pas de République sans égalité des chances.

>> Egalité des chances ou équité ?

Mes chers compatriotes, soyons intransigeants sur les idéaux de la République. Refus du communautarisme. Respect dû à chacun. Respect de la laïcité. Lutte contre les discriminations. Combat contre le racisme et l'antisémitisme. Parce que nous ne sommes vraiment nous-mêmes que libérés de tout ce qui abaisse, de tout ce qui salit, de tout ce qui sème la discorde. Parce que la diversité fait partie de notre histoire : c'est une richesse. C'est un atout pour notre avenir.
La République, c'est aussi l'esprit de conquête. Nous allons faire de la mondialisation un atout pour notre croissance et pour nos emplois.
Parce que nous voulons renforcer nos atouts pour l'emploi et garantir un haut niveau de protection sociale, nous allons ouvrir le chantier de la réforme de son financement. Aujourd'hui, plus une entreprise licencie, plus elle délocalise et moins elle paye de charges. Il faut que notre système de cotisations patronales favorise les entreprises qui emploient en France.
Ensuite, nous allons, avec les partenaires sociaux, instaurer une véritable sécurisation des parcours professionnels fondée sur le droit à l'accompagnement et à la formation, pour tous, et tout au long de la vie de travail.
La bataille de la mondialisation et de l'emploi, nous la gagnerons aussi par l'innovation, en allant au devant des progrès technologiques. Aujourd'hui, nous sommes confrontés simultanément à deux révolutions industrielles majeures : l'énergie, avec l'après pétrole qui est la grande affaire du siècle. Et le numérique.
J'ai décidé d'en faire les deux priorités de notre politique industrielle. La France sera pionnière.

>>D’autres n’ont-ils pas déjà ouvert la voie ?

Elle agira pour entraîner ses partenaires européens dans la voie de la construction de l'Europe industrielle.
L'Europe est essentielle pour notre avenir. Avec tous nos partenaires, nous avons trouvé un bon accord sur le budget européen mais il faut à l'Europe des institutions plus démocratiques, plus stables, plus efficaces.

>> Le Parlement Européen existe depuis 1979, il tente d’accroître son rôle et son audience, mais certains gouvernements semblent plutôt réticents à laisser la représentation démocratique européenne (dont le mode d’élection est sans doute à revoir) s’immiscer trop loin dans la gestion des affaires européennes.

On ne peut pas attendre. C'est pourquoi, je prendrai rapidement des initiatives pour relancer la construction de l'Europe politique, de l'Europe sociale, de l'Europe des projets.

>> Que ne l’a-t-il fait depuis 1997 ? Le « non » au référendum n’a pas provoqué la crise de l’UE ? il l’a révélée. Le trouble est latent depuis plusieurs années.
*
Mes chers compatriotes de métropole, d'outre-mer et de l'étranger,
Soyons nous-mêmes. Faisons de la mondialisation un atout pour notre avenir. La France a toujours surmonté les défis auxquels elle était confrontée.

>> Comme en 1938

A chaque fois, elle en est sortie plus forte. La réponse, c'est l'ambition, c'est la fraternité, c'est le rassemblement, c'est la République.
Vive la République ! Vive la France !

>> Question subsidiaire (le gagnant a droit à mon estime) : quel est le conseiller, auteur de ces lignes ?

Une remarque : dans un pays qui, dit-on ( [www] ), attend tout de l’homme providentiel, destiné à diriger le pays, entendre le chef de l’Etat s’exprimer moins de 10 minutes au terme d’une année réellement difficile durant laquelle il fut singulièrement muet est assez pitoyable.
Certes, on pourra faire remarquer que notre flamboyant chef du gouvernement s’est souvent à pallier les absences de son mentor. Mais nous sommes en France, que diable, nous aimons/devons aimer notre pays, comme nous y invite Jacques Chirac, y compris nos institutions. Et le Président de la République est l’institution suprême, celle qui dispose de notre sort (car oui, n’en doutons pas ! L’Etat peut tout pour nous). Le Premier Ministre n’est que son subordonné, c’est à lui que devrait revenir la tâche de négocier le cachet de Jean Reno ou l’embauche d’une célèbre actrice française. Pas au Président.
Alors, un peu plus de temps pour un peu plus de fonds et moins de mots, d’incantations fédérateurs mais le plus souvent creux à force de vouloir rassembler. De la part du chef de l’Etat d’un pays comme la France, ce serait la moindre des choses.

( Faites preuve d’indulgence, je me délivre à peine de la gangue de préjugés qui étouffe mon esprit et sur la fin , j'étais épuisé)

01/01/06 - 19:25

La fenêtre d'en face, de Ferzen Ozpetek



Un très beau film sur l'amour, les amours fantômes de Davide et Simone, séparés en 1943, celles titubantes de Filippo et Giovanna et celles esquissées entre la jeune femme et Lorenzo, le voisin d'en face. La douleur du passé et celle du présent s'entremêlent dans un ballet où les êtres cherchent à se dépêtrer d'une vie qu'ils n'ont pas rêvée.
Le film s'ouvre sur le meurtre d'un boulanger par son ouvrier, qui fuit dans la Rome de 1943, humide et sale.
Soixante plus tard. Filippo et Giovanna croisent un vieil homme égaré dans la ville et sa mémoire, arrêté sur un pont enjambant le Tibre. Ils le ramènent chez eux, malgré les craintes de la jeune femme qui se prend d'affection pour le vieillard et part à la quête de ses souvenirs.

Interprétation bouleversante de Massimo Girotti,disparu quelques temps après la réalisation, vieillard émouvant hanté par l'"abandon" qu'il a commis et qui noue avec Giovanna une relation sensuelle et tendre. Avec la sagesse douloureuse de celui qui n'a plus que des regrets, il tente de l'aider, père mystérieux:"Il faut exiger de vivre une existence heureuse et ne pas se contenter d'en rêver". La caméra vient entourer les acteurs, les caresser dans leur détresse et leurs doutes, sans pathos, sans souligner ce que les êtres laissent suggérer.

30/12/2005

30/12/05 - 19:34

parole, Parole

"Anges du ciel, sauvez-nous.
On prépare une génération d’esclaves. Ce qui est arrivé au cours des dernières années est plus effrayant que les génocides. On a remis en cause et définitivement la vertu de la Parole, on a dévalorisé les forces symboliques, on a détruit l’économie de l’image que le christianisme avait édifiée, on a noyé la puissance de la métaphore dans une sémiologie vaine, on a créé une nouvelle forme d’effraction culturelle ne renvoyant qu’à elle-même.
On a inventé ce qu’aucune civilisation n’avait osé, l’arme de guerre absolue, le symbole qui ne symbolise rien. Pas même le symbole qui symbolise le rien. Le symbole qui symbolise le symbole qui symbolise rien.

Nous sommes des porcs. Nous sommes des porcs communiquant, nous sommes enfermés comme des monstres dans le labyrinthe de la communication. Un labyrinthe, c’est horizontal. C’est cette horizontalité qui fait la police ; qui nous interdit tout accès au symbolique, qui nous prive du visage du père et nous rembourse avec un yaourt à zéro pour cent.
Nous ne retrouverons pas notre père dans cette forêt.
Un veau d’or serait préférable.
Un monde où les mots ne valent rien, ne valent plus les trois sous de salive humaine qui les portent, un monde où l’on ne peut rien avoir en disant : « Je vous donne ma parole », un monde où l’obsession du mensonge est souveraine est un monde de fous.
Les mots ne valent que dans un accord tacite, informulable, irrationnel, appelons ça l’amour, tous les mots sont des mots d’amour, c’est d’amour que les mots trouvent leur puissance thaumaturgique. Mais un monde où les mots n’ont plus de valeur, cela a un nom, oui, ça s’appelle l’enfer."

Non, cet extrait n'est pas tiré d'un essai de Régis Debray ou d'Alain Finkelkraut mais de l' "Epître aux jeunes acteurs pour que soit rendue la parole à la parole" d'Olivier PY

30/12/05 - 12:07

Il semblerait qu'une grande partie de la France fasse face (bouh...) aux rigueurs hivernales.

Ici, après la matinée d' hier lors de laquelle la neige fit un petit tour puis s'en alla, le temps est "clément": pluie non givrante, températures supérieures à zéro, légère brise...

Bon courage

29/12/2005

29/12/05 - 08:23

The Cobweb- La Toile d'araignée de Vincente Minelli (1955)

Une clinique américaine. Stevie, interprété par John Kerr (troublantes ressemblances avec James Dean, d'abord pressenti), est un artiste névrosé (pléonasme) en conflit avec sa famille et dont le cas touche particulièrement le Dr Stewart MacIver (Charles Boyer), responsable de cette clinique où est appliquée la "milieu-therapy" -la thérapie par l'environnement. Persuadé qu'il faut donner plus d'autonomie aux patients, qui se réunissent régulièrement en "comité", le Dr Stewart approuve la proposition d'une infirmière, Meg (magnifique Lauren Bacall),de leur confier la réalisation des nouveaux rideaux de leur salon. Stevie est chargé d'en dessiner les motifs, qui s'inspireront de la vie de la clinique. Mais Gloria Grahame - Karen MacIver dans le film-, épouse insatisfaite, cherche à se rapprocher de son mari en s'investissant secrètement dans le projet, heurtant au passage les intentions de la comptable de l'établissement, Victoria Inch (Lillia Ginsh), vieille fille rigide et impénétrable. Adultère, démission, débauche, suicide et disparition surviennent, bouleversant en quelques jours la vie apparemment paisible de la clinique.

D'une chose banale -le changement des rideaux -, Minelli fait le centre d'une toile inextricable de drames individuels.Chaque fil est minutieusement déroulé et l'on bondit d'histoire en histoire. Comme un assemblage de domino, chaque révélation en entraîne une autre. La virtuosité du scénariste et la beauté des personnages (filmés en cinémascope) sont fascinantes.

Et ce film n'est projeté que dans une ville en France...Je vous laisse deviner laquelle.

28/12/2005

28/12/05 - 06:26

"Je t'ai laissée fleur et je te retrouve fumier."

MARIVAUX, La Double Inconstance

28/12/05 - 06:24

"Il y a toujours, après la mort de quelqu'un, comme une stupéfaction qui se dégage, tant il est difficile de comprendre cette survenue du néant et de se résigner à croire."


FLAUBERT, Madame Bovary

28/12/05 - 06:23

"Chacun pleure à sa façon le temps qui passe. Lolo c'était par les modes mortes qu'elle s'apercevait de la fuite des années."

CELINE, Voyage au bout de la nuit

28/12/05 - 06:21

Conseil du matin


" L'humanité n'est pas un état à subir, c'est une dignité à conquérir"


VERCORS

26/12/2005

26/12/05 - 19:32

Mélancolie

La mélancolie, "c'est le sentiment habituel de notre imperfection. Elle est opposée à la gaieté qui naît du contentement de l'âme et des organes, elle est le plus souvent l'effet de la faiblesse de l'âme et des organes; elle l'est aussi des idées d'une certaine perfection, qu'on ne trouve ni en soi, ni dans les autres, ni dans les ibjets de ses plaisirs, ni dans la nature."

DIDEROT, Encyclopédie (1766)

26/12/05 - 19:24

"...les épreuves m'ont appris à vivre dans l'ouvert. Celui qui n'a pas d'épreuves, ou plutôt qui les dénie, se contente en réalité d'une identité jalousement gardée. Il conserve ainsi ses limites, ses principes, ses protections qui lui servent d'antidépresseurs. Au contraire, l'épreuve peut nous offrir l'occasion de "faire nos preuves", elle met à mal les frontières et nos défenses et ne nous laisse pas beaucoup de choix; soit on se déprime, soit on met en questions valeurs et certitudes. J'essaie, dans ma vie et dans ma pensée, de me tenir dans ce questionnement: un projet sans programme, un état de surprise permanent face aux phénomènes, aux discours, au sens et au non-sens, qui me libèrent de ce qui a eu lieu ainsi que de mes jugements antérieurs et qui m'incitent à une sorte de dépassement. Je vis avec ce désir de sortir de moi".

Julia KRISTEVA

Mon "insécurité fondamentale", nom pompeux que je donne à cette incertitude qui ne me quitte plus depuis cinq ans. Désillusion , incapacité d'achever les choses comme si cela ne valait pas la peine, comme si se battre était vain. Impression d'être revenu de tout, de ne plus pouvoir croire avec innocence . J'ai tenté une fois dans ma vie d'influer le cours des choses en épuisant le champ des possibilités. On a loué mon "courage", ma force. J''étais fier de ma réussite. Aujourd'hui, je n'en suis plus capable. Et cependant, l'espoir encore. Julia Kristeva a la force de rester dans cette espace ouvert, sans s'accrocher aux roches faciles des convictions ou des aveuglements, des certitudes. Parfois pourtant, s'y amarrer serait plus reposant.

Hier soir, comme souvent lorsque ma famille est réunie, nous régressâmes. Mon père ressortit les vieilles cassettes VHS des "années Tours". J'avais six ans alors et la bouille de Winnie l'Ourson, le sourire jusqu'aux oreilles, le regard confiant. C'était moi. Je le savais, je me voyais. Et j'avais du mal à croire que j'avais été ce petit garçon à la voix aigue, insouciant et joyeux. Où est-il aujourd'hui ?

Mon grand-père était là, avec cette bosse qui lui donnait une apparence inquiétante. C'était la première fois que sa voix résonnait depuis huit ans, la même qu'au dernier jour, ce jour de Noël où nous étions venus échanger les cadeaux. Nous étions arrivés au moment où ma grand-mère le faisait manger car il était trop faible pour lever encore la fourchette à ses lèvres. Ma grand-mère qu'il haïssait, qu'il avait quittée en 1937, peu après leur mariage, pour effectuer son service militaire et qu'il n'avait rejointe qu'en 1945, la liberté retrouvée. Qui étaient-ils encore l'un pour l'autre, après ces années de guerre, de souffrances, d'éloignement et de silence? Des étrangers, condamnés à rester mari et femme par leur attachement morbide aux conventions sociales.
Il se sentit humilié d'être vu ainsi, c'est du moins le sentiment que je lui prêtai. Nous fîmes tous comme si de rien n'était. Il parlait encore, souriait, comprenait tout. Il savait sa fin proche et l'attendait avec sérénité.

Il mourut le 3 janvier, à l'aube , mon père à ses côtés. J'imagine cette nuit où tous deux restèrent ensemble, le fils accompagnant son père à la mort, les derniers mots, l'ultime regard et la vie qui s'éteint, les paupières que l'on clôt dans le silence d'un matin froid de janvier. Je leur envie cette intimité ultime.
Et après ? L'absence. L'irréalité du corps figé. Le corps qui disparaît pour toujours derrière le couvercle du cercueil. La cérémonie à l'église et cette vision terrible du père effondré, du roc que l'on surprend brisé, à terre. Désarroi face à cette tristesse inconsolable. Guérit-on jamais de nos morts?

Nous étions là, réunis, nous nous voyions comme nous fûmes un jour, légèrement honteux parfois, attendris le plus souvent. Nous sentions tous le temps qui passe, l'impossibilité de revenir en arrière. Et l'urgence d'agir.

12/11/2005

12/11/05 - 21:43

Souvent, lorsque ma faiblesse m’accable, je voudrais crier au monde ce que je fus, pour qu’il mesure l’effort que l’on exige de moi. Mais je me tais toujours : de quoi puis-je me targuer ? Qu’ai-je souffert de plus que ces gens que je croise, silencieux, endurant leur douleur sans broncher ? Alors, la faiblesse laisse place à la colère, à la rage de ne pouvoir confier à personne ces mots qui se bousculent, ce sentiment d’impuissance, cette impression d’une normalité inaccessible. Vivre à reculons. Et s’en satisfaire.

Je voudrais dire enfin cette volonté infaillible qui m’a mené sur les routes, conduit aux portes de la défaillance ; ces mois d’hôpital, ces journées où les murs de chambre paraissaient un horizon éternel ; dire ces premières fois où il fallut réapprendre à manger, déglutir et conserver en soi cette masse chaude dégoûtante ; dire la haine du corps qui ne me quitte plus depuis, le besoin de caresses sur ma peau que personne d’autre n’a touché depuis longtemps ; dire mes peurs, petites ou grandes, celles conservées de mon enfance ; dire ma fierté d’en être sorti ; ma nostalgie douloureuse du corps d’alors ; la fatigue de lutter vainement ; partager mes exaltations soudaines, ces acmés de bonheur où tout redevient possible et surtout le meilleur, ces rêves de voyage, ces envies de rencontres, ces désirs d’ailleurs.

Le dire à quelqu’un sur lequel pouvoir se reposer, prêt à écouter ces flots récriminant contenus. Et ne plus s’attarder devant un écran, à la quête d’un murmure.

13/10/2005

13/10/05 - 12:05

Voyages, voyage...


"Vous cherchez un nouveau monde. J'en connais un qui est toujours nouveau parce qu'il est éternel.Aventuriers, ô conquérants des Amériques, moi je tente une aventure plus difficile, plus héroïque que toutes les vôtres. Au prix de mille souffrances plus dures que les vôtres, au prix d'une longue mort anticipée, je vais conquérir ce monde toujours jeune. Osez me suivre et vous verrez !"

Sainte-Thérèse d'Avila (1515-1582)
citée dans "La Voie Cruelle", d'Ella Maillart

09/10/2005

09/10/05 - 08:25

Au château d'Argol


Et lorsque Heide et Albert arrivent au bord des parapets de pierre, voici qu'une émotion bizarre les étreint au même instant. Comme baignés de la lueur d'une rampe, les têtes rondes des arbres émergent partout des abîmes du silence autour du château comme un peuple qui s'est rassemblé, conjuré dans l'ombre, et attend que les trois coups résonnent sur les tours du manoir. Cette attente muette, obstinée, immobile, étreint l'âme qui ne peut pas ne pas répondre à cet insensé, ce merveilleux espoir. Ils restent là tous deux, pâles, sur la haute terrasse, et pris tout à coup dans le rayon de ce regard de la lune et de la forêt, ils n'osent reculer, l'oeil rivé à ce bouleversant théâtre. Ils n'osent se regarder, car tout en cet instant prend à l'improviste un trop soudain caractère de gravité. Ils ne savent pas ce qu'ils vont devenir, ni quoi que ce soit de ce qui sera décidé pour eux. Voici la nuit qui leur ressemble. Alors Heide, avec un frisson de toute sa conscience (sans doute en tant que femme elle était moins invinciblement timide et sans doute Albert ne l'aimait-il pas), posa sur la main d'Albert une main froide comme le marbre et brûlante comme le feu; avec la lenteur d'une torture, elle noua ses doigts aux siens, chacun de ses doigts aux siens avec force, avec frénésie, et attirant sa tête vers la sienne, elle le força à prendre un long baiser qui secoua tout son corps d'un éclair, dévastateur et sauvage. Et maintenant, qu'ils s'en aillent à travers les escaliers, les salles, les lugubres ténèbres du château vide -ils ne pourront libérer leurs coeurs de la pesanteur alarmante de l'événement.

08/10/2005

08/10/05 - 07:53


"...ce que tu nous dis, nous l'avions à l'esprit mais ton père et moi avons respecté ton cheminement et je crois que pour toi cette étape est importante et te permettra d'envisager ton avenir plus clairement. Pour moi rien n'est changé, je souhaite seulement que tu rencontres quelqu'un qui te rende heureux sur tous les plans, et le jour venu, je serai heureuse de l'accueillir comme tel."

J'ai des parents formidables.